C’EST QUOI LE CCMA

Le Centre des Cultures Marronnes (CCMA) est un espace de recherche, d’interprétation et d’action dédié à la reconnaissance, à la collecte et à la valorisation des savoirs, des mémoires et des héritages trop souvent invisibilisés dans les récits dominants. À la croisée des humanités, des arts et de l’engagement social, il œuvre comme un lieu de documentation, d’éducation patrimoniale et de valorisation écopatrimoniale, attentif aux liens profonds entre nature, cultures, territoires et communautés. Le Centre s’attache notamment à étudier et à transmettre les matrimoines, ces réserves de savoirs et de pratiques portées par les femmes, qui constituent des sources essentielles de puissance culturelle, de justice et de transformation sociale en Afrique. Le terme “marronnes” renvoie à la fois à la résistance vivante de ces matrimoines face à l’effacement provoqué par la colonisation et les dynamiques uniformisantes de la mondialisation, à l’affirmation d’une identité culturelle africaine et afro-diasporique assumée à partir de la symbolique de la couleur marronne de la peau noire, et à la vitalité d’une spiritualité enracinée dans la terre — elle aussi marronne — matrice du vivant, que les femmes nourrissent et entretiennent au cœur des sociétés africaines. Par ses conférences, ses collectes de terrain, ses ateliers, ses expositions et programmes de recherche, son accent particulier mis sur la formation des enfants, le Centre des Cultures Marronnes ouvre des espaces de réflexion critique, de transmission intergénérationnelle et d’innovation culturelle, afin que ces héritages vivants deviennent de véritables leviers d’action pour le présent et l’avenir.

Dans le cadre des activités marquant la célébration du 8 mars 2026, le Centre des Cultures Marronnes (CCMA) a organisé, du 05 au 06 mars 2026, une conférence–atelier consacrée au thème « Réserves matrimoniales, droits des femmes et humanités numériques en Afrique ». Cette rencontre, placée sous le Haut Parrainage du Ministre des Arts et de la Culture, visait à ouvrir un espace de réflexion et de formation autour des droits des femmes, tout en interrogeant les ressources culturelles et historiques susceptibles de nourrir des réponses endogènes aux défis contemporains sur les questions de genre.

  1. La journée du 05 mars : sensibilisation, éducation et capacitation des femmes

La première journée a été consacrée à une causerie éducative réunissant un public important de femmes, en particulier issues du milieu rural. Elle a bénéficié de la participation de plusieurs personnalités institutionnelles, notamment la Déléguée départementale de la Promotion de la Femme et de la Famille de la Menoua, un Procureur de la République auprès des tribunaux de la Menoua, la représentante de la délégation départementale du Ministère de l’Environnement, ainsi que la délégation des Affaires sociales.

Les interventions ont permis d’aborder de manière concrète les enjeux contemporains du mariage, les mécanismes de protection juridique et sociale des femmes, ainsi que les dispositions permettant de prévenir ou de gérer les conflits conjugaux. Dans un contexte marqué par l’augmentation des divorces, des violences conjugales et des féminicides, les participantes ont été sensibilisées à l’importance de la connaissance de leurs droits et des dispositifs institutionnels existants pour leur protection.

Un temps particulier a également été consacré à la capacitation des femmes sur les questions environnementales et agricoles, avec un accent sur l’agriculture responsable et la protection de l’environnement. Cette dimension visait à renforcer l’autonomie économique des femmes tout en valorisant leurs savoirs pratiques.

Dans la perspective portée par le CCMA autour des réserves matrimoniales, les échanges ont également insisté sur la nécessité de ne pas limiter la réflexion au seul cadre juridique, mais d’ouvrir un dialogue avec les mémoires culturelles et historiques des sociétés africaines. Celles-ci constituent en effet des réservoirs de valeurs, de normes et de pratiques pouvant éclairer les débats actuels sur les droits, la justice et l’action sociale en faveur des femmes. À titre d’exemple, la figure stratégique de la Mafo (reine mère) dans les sociétés bamiléké anciennes a été évoquée pour rappeler la place centrale historiquement occupée par les femmes : gardiennes des rituels jusqu’au sommet de la hiérarchie sociale (à la chefferie), éducatrices, procréatrices, productrices alimentaires et responsables du grenier familial, elles participaient activement à l’organisation et à la stabilité de la société. Ces responsabilités faisaient de la femme non pas une simple victime du système social, mais une véritable architecte du tissu social, notamment à travers l’éducation et la socialisation premières des enfants et le soutien aux hommes.

La journée s’est poursuivie par un panel d’universitaires et très pratique autour de l’agriculture biologique, de l’ethnopédiatrie et de la valorisation des parures féminines anciennes comme ressources esthétiques, culturelles et économiques pour le bonheur des femmes rurales présentes. Elle s’est achevée dans une ambiance conviviale par des ateliers de perlage, particulièrement appréciés des femmes et des jeunes filles participantes.

  1. La journée du 06 mars : mise en perspective scientifique des réserves matrimoniales

La seconde journée, plus scientifique et internationale, a permis de poser les bases conceptuelles et méthodologiques de la notion de réserves matrimoniales, en lien avec les humanités numériques et les recherches contemporaines sur les patrimoines immatériels. Les communications ont insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas de scruter le passé pour s’y enfermer, mais plutôt d’identifier dans les mémoires sociales et les archives culturelles féminines des ressources susceptibles d’éclairer les défis actuels. Ces réserves de savoirs et d’expériences peuvent ainsi devenir des leviers d’analyse et d’action face aux problématiques contemporaines.

Les discussions ont notamment porté sur plusieurs phénomènes préoccupants observés dans les sociétés actuelles : féminicides, violences basées sur le genre, divorces, polygamie, « tchizagamie », ainsi que les transformations des héritages historiques, éducatifs et matrimoniaux, les questions juridiques liées aux femmes en Afrique, les questions de l’amoureuse et surtout des influenceuses sur les réseaux sociaux entre autres. Les intervenants ont souligné l’importance de mobiliser les savoirs endogènes, les traditions et les archives culturelles féminines pour mieux comprendre ces évolutions et contribuer à l’élaboration de réponses socialement pertinentes. La présence particulière des jeunes filles des lycées et collèges de la place à assurer la transmission intergénérationnelle voulue par le CCMA a été remarquée.

Conclusion

Ces deux journées de travaux ont permis d’articuler éducation citoyenne, transmission culturelle et réflexion scientifique, tout en donnant la parole à des femmes souvent peu représentées dans les espaces de réflexion académique. La conférence–atelier a ainsi ouvert une dynamique importante autour des réserves matrimoniales comme espaces de mémoire, de savoir et de puissance sociale, capables de nourrir les débats contemporains sur les droits des femmes, la justice sociale et la cohésion des familles africaines.